Nas – Nasir

Les fans attendent depuis six ans un nouvel album de Nas après Life Is Good en 2012. Sa chanson «Nas Album Done» avec DJ Khaled en 2016 a fait naître des espoirs qu’un album sortirait, mais rien ne s’est concrétisé.

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Nas se retrouve aujourd’hui au milieu de la tempête médiatique de Kanye qui est train de sortir cinq albums sur cinq semaines via son label G.O.O.D. Choisir Kanye pour produire son album était certainement un risque calculé, d’autant plus que les deux semblent diamétralement opposés, notamment lorsqu’il s’agit de politique. Les tweets pro-Trump de Kanye ont dérouté, aussi bien que ses commentaires irréfléchis sur l’esclavage.

À peine après avoir commencé à ecouter Nasir, il est évident que la pensée de Nas ne pouvait être plus éloignée de celle de Kanye West, et pourtant les deux s’unissent politiquement autour d’un album qui, dès le départ, réduit à néant les inégalités raciales américaines. Des sujets tels que les brutalités policières, la diaspora africaine et l’esclavage sont tous abordés, tout comme les ghettos oubliés où Nas détaille la discrimination impitoyable d’un gouvernement qui a échoué à son peuple.

Sur l’aspect lyrique, Nas mélange l’urbain avec Shakespeare, s’appellant lui-même «Le Ghetto Othello» sur le titre Adam et Eve. Les instru’ et beats sont fluides et politiquement chargés, notamment sur “Cops Shot The Kid“. Ce dernier s’ouvre sur un extrait de discours de Richard Pryor lors d’un concert bénéfice de Stax Records où il parle des couvre-feux de la police contre les adolescents noirs dans les années 1970.

 

Quelques instants plus tard, un sample effréné et frénétique du fameux ‘Children’s Story’ de Slick Rick apparaît et met en évidence la chanson à travers le “Cops Shot The Kid” qui se répète avec émotion. “The cops shot the kid, same old same“, rappe Nas, illustrant le fait que peu de choses ont changé au cours des quarante dernière années depuis les commentaires de Pryor.

 

C’est une chanson pleine d’images évocatrices représentant le chaos que Nas voit autour de lui (et qui nous rappelle, par ailleurs, This Is America de Childish Gambino). Sa fin abrupte et sa ligne finale terrifiante – “the cops shot the kids, I still hear him scream” hante longtemps après la fin de la chanson.

 

Not For Radio” est appuyé par un orchestre et vise à détruire ce que Nas estime n’être rien plus que des croyances populaires dont, entre autres, le fait qu’Abraham Lincoln n’aurait obtenu la libération des esclaves que par intéret – “Abe Lincoln did not free the enslaved”.

 

Comme les autres sorties de G.O.O.D, le projet est court (sept pistes seulement) et fait un peu plus de 26 minutes – la longueur d’un EP typique. En dépit de sa brièveté, il y a beaucoup à démêler avec les messages politiques densément emballés. La concision des chansons convient à Nas – auparavant, le punch de ses messages politiques était souvent perdu dans des chansons qui duraient trop longtemps. Cependant, accompagné de la production de Kanye et ses points de vue personnels sur Trump et l’esclavage, cela semble parfois creux et peu profond.

C’est un album très actuel, Nas faisant référence à l’incident de brutalité policière présumée dans un Starbucks de Philadelphie sur le titre Everything : “If Starbucks is bought by Nestlè, please don’t arrest me. I need to use your restroom, and I ain’t buying no espresso. Soon enough, assume the cuffs. The position not new to us.” Kanye West est connu pour avoir travaillé sur des albums jusqu’à la toute dernière minute et c’est pour cette raison qu’on a l’impression que c’est à la fois immédiat et réactionnaire.

C’est peut-être un album dans l’ère du temps, mais c’est un album qui ne répond pas aux allégations de l’ex-épouse de Nas, Kelis. Alors que Nas a peut-être l’impression d’avoir parlé de la rupture avec son dernier album confessionnal (il tient en main la célèbre robe de mariée verte de Kelis sur la couverture), il est resté complètement silencieux sur ces allégations.

Cet album est donc troublant puisque d’un côté, il est complétement woke et pourtant si ouvertement archaïque sur un autre. Comment être convaincu à 100% quand l’on entend Nas rapper “I’m buyin’ the land back owned by the slave masters“, à la lumière des commentaires de son producteur sur l’esclavage étant un choix? Pouvez-vous écouter Nas rapper sur l’égalité si nécessaire et les voix réduites au silence alors qu’il aurait lui-même fait taire des voix, notamment celle de Kelis? Si stylistiquement, Nasir peut avoir beaucoup de moments forts, ses contradictions en font une écoute difficile et problématique.

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